On veut tout prouver dans l’instant. Et c’est peut-être notre plus grand contresens sur l’impact.

10 000 personnes à un événement scientifique ne disent rien de l’essentiel : ce qui s’est vraiment passé dans la tête de chacune d’elles. Un chiffre de fréquentation, une vue, un partage, ce sont des traces, pas un impact. Le vrai effet d’une rencontre ou d’une prise de parole se révèle souvent des années plus tard. Parfois jamais de façon visible.

Ces métriques de l’instant ne sont pas à jeter pour autant : elles disent quelque chose de réel, une portée, un premier signal. Le problème n’est pas qu’elles existent, mais qu’on les confonde avec l’impact lui-même, ou qu’on les laisse seules juger d’une action qui se joue sur un temps bien plus long qu’elles.

Ce qui s’est dit cette journée rappelle une évidence qu’on oublie vite dans nos métiers : la confiance et l’adhésion ne se construisent pas à la vitesse d’une métrique, mais au rythme d’un dialogue répété, d’une vérifiabilité offerte plutôt qu’imposée, d’une parole qui tient sur la durée.

C’est précisément le rôle de la communication : ne pas chercher à produire l’impact tout de suite, mais à tisser, dans la durée, les conditions pour qu’il finisse par apparaître. Elle est moins l’art de faire du bruit que celui de tenir le fil, celui d’un récit.

François Germinet le formulait autrement lors de la keynote de l’après-midi : on ne perçoit jamais le monde directement, mais toujours à travers des récits qui le mettent en forme. Toute la question est de savoir si ce récit laisse au public les moyens de vérifier l’écart entre ce qu’on lui raconte et ce qu’il vit vraiment. C’est cet écart-là qui fonde la confiance, bien plus qu’un chiffre de portée.

L’impact qui compte ne se prouve pas toujours tout de suite. Mais c’est justement ce qu’on peut, et doit, construire patiemment, en laissant aux métriques de l’instant la place qui leur revient : des repères en chemin, jamais la destination.

C’est tout l’enjeu de la communication de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Universités, grandes écoles, organismes de recherche : ces établissements traversent de profondes mutations, et devront autant mobiliser leurs communautés que valoriser leurs formations et leur recherche pour réussir demain. La communication n’est pas un sujet périphérique de ces transformations. Elle en est l’un des moteurs.

C’est précisément la conviction qui guide l’accompagnement d’Épiceum auprès des acteurs de l’ESR depuis plus de quinze ans : construire des récits qui tiennent, durablement, plutôt que des actions isolées qui ne se mesurent qu’à l’instant.

Belle occasion aussi d’avoir été membre du jury des Prix de l’Arces 2026 cette année, et de découvrir des projets portés par des établissements à travers tout le pays, qui incarnent à leur façon cette patience.

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